Vous ne connaissez pas l’Atelier 510 TTC situé à Reims ? Pourtant, plus de 400 BD en sont sorties depuis sa création, en 1996. Et si je vous parle de Boule et Bill, Sillage, Michel Vaillant ou dernièrement Hugo Décrypte en Russie ? Le Club vous propose un petit récap’ des infos qu’il ne fallait pas louper lors de la visite de l’Atelier 510 TTC.
Par Rémi Denne Tatté

Luc Perdriset, membre de l’Atelier 510 TTC, coloriste, termine actuellement une BD sur L’Odyssée d’Homère, qui sortira à l’occasion de l’adaptation du roman par le cinéaste américain Christopher Nolan, avec Matt Damon, Tom Holland et Zendaya. (Photo : Claire Hohweyer/Club de la presse Reims Champagne)
1. C’est quoi cet atelier ?
Ils sont dessinateurs, coloristes ou encore scénaristes de bande dessinée et forment l’Atelier 510 TTC. Fondé il y a plus de 30 ans, il s’agit désormais du plus viiiiiiieil atelier de BD de France. “Ce nom Atelier 510 TTC est une histoire marrante”, raconte Christian Lerolle, coloriste et cofondateur de l’atelier.
“Au début, on a sous-loué les locaux d’une agence de communication à Reims et cela nous coûtait 510 francs par personne. Comme on était étudiants, on a demandé à la locataire s’il n’était pas possible d’arrondir à 500 francs. Elle nous a rétorqué : <<Non non, c’est 510 TTC !>>”.
2. Le musée inattendu
Pendant que des dizaines de figurines Iron-Man surveillent Bengal, illustrateur et coloriste, les Legos Star-Wars planent dans leur vaisseau spatial autour du bureau de de Thomas Labourot, dessinateur. L’atelier, c’est aussi un musée. “Chacun dispose de 9 m² qu’il aménage comme il le souhaite” explique Christian Lerolle. Quand certains choisissent un bureau habituel, d’autres font marcher leur créativité. Thomas Labourot et Bengal se sont aménagé une sorte de grotte avec, en guise de murs, des centaines de figurines de pop culture, des constructions en Lego… Un vrai paradis pour petits et grands.
3. De l’imaginaire au réel
Comment faire une BD en 2026 ? Ingrédient numéro un, une idée. “Elle peut venir des scénaristes ou de moi-même”, décrit Thomas. De temps en temps, un acteur extérieur au monde de la BD (entreprise, collectivité, personnalité…) arrive avec un projet. Ingrédient numéro deux, poser un dialogue. Le dessinateur envoie ses planches, puis les modifie et redessine. Mais qu’en est-il du salaire de nos illustrateurs et scénaristes favoris ? “C’est compliqué… On est rémunérés à la tâche“, détaille Thomas Labourot. “Je suis payé à la page. J’arrive à signer plusieurs projets en même temps. Après je suis plutôt rapide, je fais une page en deux jours”.

Christian Lerolle a contribué à la BD « Hugo décrypte en Russie » en tant que coloriste. Il travaille actuellement sur un deuxième projet de bande dessinée avec le créateur de contenus. (Photo : Claire Hohweyer/Club de la presse Reims Champagne)
4. La BD d’aujourd’hui
Le média BD s’est répandu comme une traînée de poudre au fil des années. Si on comptait 750 nouveautés par an il y a 30 ans, 6100 nouvelles BD paraissent chaque année en librairie, notamment des bandes dessinées engagées ou abordant des thèmes politiques. Parmi elles, Les 100 dessins pour Gaza, Palais Bourbon ou encore le best-seller Hugo Décrypte en Russie. L’album du créateur de contenu s’est vendu à plus de 80 000 exemplaires. Plus que le dernier Astérix. Christian Lerolle est le coloriste de cette BD. “C’est l’évolution d’un média que je pratique depuis 30 ans”, constate-t-il. “Ça m’intéresse énormément d’être dans ce genre de projet. Aujourd’hui, pratiquement tous les albums que je mets en couleur traitent de sujets réels, plus pointus voire journalistiques ou d’analyse.” Contrairement à Thomas Labourot : “Je suis quelqu’un d’engagé mais pas dans mon travail. Je suis resté le dessinateur que je rêvais d’être. J’aime bien l’aventure, m’évader et ne pas penser à ce qui m’entoure”.
5. L’IA dans les livres
“L’intelligence artificielle est là et elle va faire mal”, regrette Thomas Labourot. Un triste constat auxquels sont aussi confrontés le cinéma et la musique. “Il faut se préparer à l’arrivée de l’IA. C’est pour cela que je continue de résister avec mes crayons et mon papier traditionnel”. Actuellement, l’IA n’est pas capable de créer une BD complète, ou du moins on y perçoit encore des erreurs. Cependant, ses avancées sont fulgurantes. “Tous nos éditeurs ne font que de la BD traditionnelle. Ils n’osent pas encore, mais un jour, ils regarderont leur portefeuille”, se méfie Thomas Labourot. S’il y a bien une chose que l’IA ne remplacera jamais, c’est l’organisation d’événements. Justement, l’association programme le sien depuis une quinzaine d’années, le FIBDR (festival interplanétaire de la BD de Reims).
Rendez-vous les 6 et 7 juin prochains sous les chapiteaux du Temps des Cerises, sur le parking de l’hippodrome de Reims.

